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Hospitalité  

L’accueil familial réactive profondément les pratiques d’hospitalité traditionnelles. Le désir d’accueillir une autre personne n’est pas naturel et d’autant moins lorsqu’il s’agit de personnes dépendantes, que ce soit à cause de l’âge ou d’un handicap.


Extrait d’article paru dans TRI (mars-avril 2008) d’après les propos de Jean-Paul DEREMBLE, enseignant à l’Université de Lille, à l’occasion de la journée de sensibilisation sur l’accueil familial organisée le 18 mars 2008 avec la CCMSA et Accueil Paysan.

L’accueil familial réactive profondément les pratiques d’hospitalité traditionnelles. Le désir d’accueillir une autre personne n’est pas naturel et d’autant moins lorsqu’il s’agit de personnes dépendantes, que ce soit à cause de l’âge ou d’un handicap. Certaines cultures traditionnelles ont érigé l’hospitalité au sommet des valeurs de leur société. Mais ce qui nous apparaît naturel aujourd’hui a en fait exigé un travail sur plusieurs générations pour définir les règles de l’hospitalité et de l’accueil.

Trois problématiques se croisent : la maison, le chez soi ; le fait de vivre l’un chez l’autre et la nécessité pour chacun de trouver sa place dans le foyer.

Le foyer constitue l’unité de notre société. La maison est à la fois un lieu de protection, un lieu d’identité et un lieu d’histoire. Avoir un chez soi, c’est pouvoir être repéré, localisé et donc inséré dans la société. En témoignent ceux qui, à l’inverse, n’ont pas de chez eux et se trouvent, de ce fait, exclus de l’emploi par exemple… Avoir un chez soi, c’est avoir des racines quelque part, s’insérer dans la continuité d’une histoire familiale.

La vie dans une famille a donc un caractère plus "authentique" et plus ancré dans la société qu’en établissement. L’accueil familial n’entre donc pas tout à fait dans le système institutionnel de prise en charge des personnes dépendantes. Il suppose une manière de vivre simple, ordinaire. Il suppose aussi de la proximité, de l’intimité entre tous ceux qui cohabitent ensemble. Or justement, dans une maison, les rôles de chacun sont différents, même s’ils ne sont pas toujours explicites. Les accueillis vont devoir trouver leur place. Il ne s’agit pas de faire du « chacun chez soi », de vivre les uns à côté des autres, mais au contraire de vivre les uns avec les autres. La difficulté consiste à distinguer la place de chacun sans séparer, la séparation étant facteur d’exclusion, de réussir l’union sans la confusion. Ceci nécessite de poser au départ quelques règles pour clarifier les droits et devoirs des uns par rapport aux autres et établir une distance nécessaire. Chacun doit pouvoir exister dans son autonomie et dans sa dépendance et celle-ci ne doit pas être une servitude. L’autonomie est le résultat d’un mode de vie collectif, dans lequel chacun est reconnu pour ce qu’il apporte à la collectivité. D’où un paradoxe vécu en accueil familial, où l’on voit s’inverser les rôles : l’accueilli n’est pas seulement dans une situation de dépendance vis-à-vis de celui qui l’accueille chez lui. La relation a besoin d’être équilibrée et l’accueillant doit, lui aussi, être accueilli, accepté, par celui ou celle qui entre dans son foyer.

Dans la langue française, une certaine ambiguïté souligne d’ailleurs cette inversion des rôles dont on n’a pas toujours conscience : le terme d’hôte désigne ainsi, aussi bien celui qui accueille que celui qui est accueilli. Et pourtant, en y regardant de plus près, les pratiques traditionnelles témoignent bien de cette nécessité d’être sur un pied d’égalité : à l’occasion d’une visite chez quelqu’un, il serait mal venu d’arriver les mains vides ! Et pour celui qui accueille, il y a obligation de recevoir le présent… Ce renversement oblige donc à une gymnastique compliquée, parfois source de malentendus : notre société se veut généreuse envers les personnes dépendantes mais n’est pas toujours prête à recevoir d’elles. C’est pourquoi tout l’enjeu de l’accueil familial est de trouver la manière de vivre la réciprocité, de gérer les conflits potentiels, de recevoir du plus "faible" son système de valeurs : « La grandeur de l’accueillant se trouve dans la noblesse de l’accueilli ».

L’accueil familial participe à la construction d’un nouveau modèle social, qui n’émerge pas seulement pour résoudre un problème d’isolement, de prise en charge insuffisante des personnes ou d’emploi en milieu rural. L’accueil familial est source d’enrichissement, de valeurs pour notre société, valeurs définies par les personnes accueillies et pas "d’en-haut" : l’accueil familial donne la première place à l’accueilli. Ces pratiques d’accueil, encore souvent méconnues, pourraient alors être l’étendard de l’hospitalité dans nos sociétés qui ont un peu perdu ces valeurs et notamment celle du temps pour la rencontre.